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La Solitude du mammouth

La Solitude du mammouth

  • Demain à 17:00 + autres dates
  • La Virgule, Centre Transfrontalier de Création Théâtrale Mouscron-Tourcoing - Tourcoing

C’est l’histoire d’une femme de quarante ans qui a consacré toute son énergie à sa famille - elle a deux enfants - et qui voit son mari partir en scooter pour une plus jeune de quinze ans, aux jambes interminables et aux seins généreux. C’est l’histoire d’une femme qui a du mal à avaler ça et qui veut donner une sacrée leçon à son mari en cherchant un mafieux albanais pour arranger le portrait de l’homme qu’elle a tant aimé. Finalement, elle se plonge dans les manuels de psychologie et, découvrant les théories de Paul Watzlawick, décide de faire justice elle-même. C’est l’histoire d’une femme pas déprimée du tout qui va rendre impossible la vie du fugueur en scooter. Un monologue drôle, cruel et déjanté évoquant la colère intérieure, le désir de vengeance, et la faculté de sublimer les émotions les plus profondes.

Après STIB en 2011, Geneviève Damas, auteure, interprète de ses propres textes, revient au Salon de Théâtre pour y présenter, seule en scène, une pièce drôle et cruelle, sur la vengeance d’une femme quittée. Elle avait d’abord envisagé de créer un troisième volet aux aventures de Molly, le personnage qui lui a offert ses premiers succès (Molly à vélo, Molly au Château). Mais son envie profonde était d’aller vers un personnage moins idéaliste et naïf que Molly, un personnage qui peut franchir les limites. C’est le cas de Bérénice, l’héroïne de La Solitude du mammouth. Une femme blessée quand son mari la quitte. Une femme qui, dans cette soudaine solitude affective, fomente une vengeance aussi cruelle que drôle. Ce texte est un grand cri de rage et d’amour qui dérape dans un délire extravagant, jubilatoire et politiquement incorrect !

Du personnage de Bérénice, on aurait pu aisément faire une caricature. Emmanuel Dekoninck, à qui Geneviève Damas a confié son texte pour la diriger sur scène, a préféré demander à sa comédienne un jeu plus réaliste. Bérénice est une femme qui a cru que si l’on est gentil, généreux, altruiste, rien ne va nous arriver. Son quotidien n’est ni simple, ni joyeux, « Béré » n’est pas une femme épanouie. Quand brutalement son mari la quitte, elle perd pied et se dit que la violence qu’elle subit, la société la cautionne. Face à ce terrible sentiment d’arbitraire, sa seule survie psychique est de se faire réparation. Alors, elle se réveille, se transforme… et se révolte.

« C’est quelque chose de penser qu’un jour on va disparaître et que le monde poursuivra sa course ronde. On croit sa vie solide et un beau matin on réalise qu’elle ne tient qu’à un fil : une bulle d’air, un caillot, un caillou, une fissure, des villages entiers disparaissent en une fraction de seconde, des avions explosent en plein vol, des bateaux chavirent. Vous êtes rayé de la carte et le reste du monde continue pourtant à aller de l’avant. Je trouve cette absence de mémoire d’une injustice fondamentale. Comme pour les mammouths. L’humanité leur doit tellement. Ils nous ont tout donné, leurs défenses, leur peau, leurs os, leur graisse, leurs poils et qu’est-ce que l’humanité a fait pour eux lorsque le froid est arrivé ? Nada. Elle les a laissé sombrer dans l’ère glaciaire. Et quand il m’a dit « Bérénice, j’ai rencontré quelqu’un », comme le Mammouth j’ai senti la terre se refroidir, quelque chose qui vous paralyse insensiblement. Au début je me suis dit, ça va aller, j’en ai déjà vu des vertes et des pas mûres, comme le Mammouth avec tous ses poils, toute sa graisse, rien ne peut m’arriver, et j’ai pensé, Béré, il faut que tu restes digne, Brice a quelque chose à te dire, quelque chose d’important, tant qu’il y a des mots, il y a de l’espoir et comme le mammifère du Pléistocène inférieur, je suis restée là, immobile, souriante, stupide à croire que j’allais m’en sortir, regardant Brice me parler de Mélanie, cette jeune étudiante de 22 ans si prometteuse, si sympathique, Mélanie qui était même venue garder nos enfants un soir. »

Geneviève Damas, extrait de La Solitude du mammouth

L'Éloge de la Folie

L'Éloge de la Folie

  • Mer. 3 avril à 19 h 30 + autres dates
  • Centre Marius Staquet, Mouscron - Mouscron

Voilà un texte que, depuis 20 ans, et chaque année, Jean-Marc Chotteau fait voyager de scènes en scènes à travers la France et l’Europe. À la demande de nombreux spectateurs qui souhaitaient le revoir ou le découvrir, il n’a pas résisté, en cette saison anniversaire, à l’envie de le programmer à nouveau, pour deux représentations exceptionnelles, hors-abonnement. Au-delà de la performance virtuose du comédien et de la justesse des choix de mise en scène et d’adaptation, le succès du spectacle vient sans nul doute de l’indiscutable modernité et pertinence du très impertinent texte d’Érasme. Éloge impitoyablement critique de nos mœurs, de nos croyances et de nos mensonges, d’autant plus efficace qu’il utilise l’arme du rire.

Bien qu’écrit en latin, en 1509, l’Éloge n’a rien perdu au cours des siècles de sa force comique et corrosive. Et Jean-Marc Chotteau n’a d’ailleurs eu nul besoin, en l’adaptant pour le théâtre, d’inventer quelque rajout que ce soit pour en faire ressortir l’actualité. Car, en s’adressant à des spectateurs imaginaires pour fustiger, sous l’apparence habile d’une glorification, toute la part de folie du monde (celle des amou¬reux, des enfants, des vieillards, des professeurs, des rois, des juges, des militaires, des religieux, des médecins et... des artistes), Érasme nous parle encore, aujourd’hui, d’aujourd’hui.

Lumineuse audace, Chotteau joue Dame Folie en travesti. Mais n’était-ce pas la démarche d’Érasme lui-même, lorsqu’à la fin de son sermon (dont la dangereuse insolence aurait pu le conduire au bûcher comme un Giordano Bruno), il conclut perfidement, comme pour se disculper : « n’oubliez pas que c’est la Folie qui vous parlait et qu’elle vous parlait... en femme ! » ?

Cet Éloge de la Folie devient alors un vibrant hommage au théâtre, vu, dans l’adaptation proposée, comme cette part de comé¬die nécessaire que notre monde doit se donner pour survivre à une désespérante lucidité : « Il n’y a partout, s’exclame Folie, que du travesti, et c’est ainsi que se joue la comédie humaine ».

S’efforçant de rester strictement fidèle - avec quelques coupures - au texte d’Érasme, la mise en scène n’a pris d’autre liberté que celle de la transposition. Sous les traits extravagants de Dame Folie, le personnage joué par Jean-Marc Chotteau est, en fait, celui d’un comédien qui achève, dans sa loge, une ultime répétition du texte d’Érasme avant d’entrer en scène. Il n’y montera qu’après avoir achevé, par le maquillage et l’exubérance de son costume de reine de carnaval, son incarnation de la Folie. Ce sera alors, le rideau une fois ouvert, la quête de l’extase ultime, ce don de soi quasi mystique qui fait ressembler si fort l’artiste, celui qui « s’abandonne au public », au chrétien, ce fou suprême selon Érasme, celui dont l’esprit est « tout entier dans l’Être qu’il aime »...

Jean-Marc Chotteau vous invite à démasquer en sa compagnie la pensée subversive d’un théologien qui eut l’habileté et l’intelligence de se dissimuler sous des jupons de dentelle et de dérision pour nous faire mieux entendre nos quatre vérités. Prudence tout aussi nécessaire aujourd’hui qu’au seizième siècle, quand il s’agit de convaincre, fût-ce dans une feinte déraison, des raisons du doute et de la révolte contre les tristes dogmes et les dangereuses certitudes...

Car L’Éloge de la Folie c’est l’invitation à une vigilante tolérance dans notre monde d’intégrismes en tout genre, dans une parole travestie, pas cachée, pour que tombent les tabous et renaissent les pensées libres.

Les Carnets du sous-sol

Les Carnets du sous-sol

  • Mar. 14 mai à 20 h 30 + autres dates
  • La Virgule, Centre Transfrontalier de Création Théâtrale Mouscron-Tourcoing - Tourcoing

Benoît Verhaert, comédien et metteur en scène incontournable de la scène théâtrale belge, signe l’adaptation d’une nouvelle méconnue de Dostoïevski qu’André Gide considérait pourtant comme la clé de voûte de l’œuvre de l’écrivain russe. Accompagné sur scène par Céline Peret, Benoît Verhaert déploie une énergie étourdissante dans l’interprétation juste et saisissante d’un personnage rageur, tourmenté et bourré de contradictions. Un spectacle intimiste, invitant les spectateurs à observer de très près l’étrange personnage de Dostoïevski dans le lieu retiré où il a choisi de se vivre. Dans une scénographie qui réservera aux habitués de Salon de Théâtre - et aux autres - une énorme surprise.

Souffrant d’une misanthropie pathologique, un homme s’est retiré du monde. Depuis vingt ans dans sa cave, cet homme-rat ressasse sans cesse le souvenir des échecs de sa vie…

« Je suis un homme malade… Je suis un homme méchant. Un homme repoussant, voilà ce que je suis. Je crois que j’ai quelque chose au foie. De toute façon, ma maladie, je n’y comprends rien, j’ignore au juste ce qui me fait mal. Je ne me soigne pas, je ne me suis jamais soigné, même si je respecte la médecine et les docteurs. En plus, je suis superstitieux comme ce n’est pas permis ; enfin, assez pour respecter la médecine. Je suis suffisamment instruit pour ne pas être superstitieux, mais je suis superstitieux. Oui, c’est par méchanceté que je ne me soigne pas. Ça, Messieurs, je parie que c’est une chose que vous ne comprenez pas. Moi, si ! Évidemment, je ne saurais vous expliquer à qui je fais une crasse quand j’obéis à ma méchanceté de cette façon-là ; je sais parfaitement que ce ne sont pas les docteurs que j’emmerde en refusant de me soigner ; je suis le mieux placé pour savoir que ça ne peut faire du tort qu’à moi seul et à personne d’autre. Et, malgré tout, si je ne me soigne pas, c’est par méchanceté. J’ai mal au foie. Tant mieux, qu’il me fasse encore plus mal !.. »

Spécialement conçu pour La Virgule, le décor surprenant des Carnets du sous-sol, plongera littéralement les spectateurs dans l’antre de ce fonctionnaire démissionnaire qui rumine les échecs de sa vie. Reclus, l’homme tempête contre ses congénères, contre les supérieurs et les anciens camarades qui se plaisaient à l’humilier, mais il blâme surtout sa propre lâcheté qui l’empêcha de leur répondre. Il est hanté par le souvenir de Liza, une femme qu’il a essayé d’aimer, une prostituée qu’il a tenté de faire changer de vie… Son spleen se mue souvent en un torrent de haine. Prisonnier de ses obsessions, l’homme se complait entre le lit où il se morfond, le bureau où il déverse sur papier le spleen qui lui détruit le foie, et le tapis de course qui lui sert de défouloir. Ce personnage excessif, tout en contradictions, offre à Benoît Verhaert la partition d’un rôle entre performance physique et intériorisation de maux inextricables. Face à lui, Céline Peret par sa beauté froide et diaphane, sa voix délicate, offre un beau contraste avec la véhémence de ce fauve.

Concerto pour deux clowns

Concerto pour deux clowns

  • 19 et 20 juin 2019 à 19 h 30
  • Théâtre Municipal Raymond Devos - Tourcoing

En accueillant Les Rois Vagabonds, qui ont conquis le Festival d’Avignon en obtenant le Prix du public, La Virgule clôt cette saison anniversaire avec poésie, finesse, légèreté et humour. Comme ils le disent eux-mêmes, les Rois vagabonds sont acteurs, musiciens, acrobates, mimes, mais c’est le public qui les fait clowns. Avec le prétexte simple d’entrer sur scène pour y jouer un concerto, ils peuvent laisser libre cours à l’imagination. Tout devient alors possible, l’intellect peut céder la place à l’émotion. Mime, acrobaties, musique, quelques mots à peine. Dans une complicité charmante, ce duo clown-clownesse parle un langage universel. On est surpris, on s’émerveille, on rit, on est ému.

Des coussins de velours rouge sous un lustre d’opéra. On est au spectacle chez Les Rois Vagabonds. Un drôle de couple. Sur leur affiche, ils s’en vont avec, pour tout bagage, un violon et un vieux tuba. Et on a envie de les suivre.

Elle, Julia Moa Caprez, est violoniste classique et danseuse. Elle a roulé sa bosse dans les compagnies, de Zurich à Amsterdam, de Los Angeles à Buenos Aires. Lui, Igor Sellem, a fait de la physique fondamentale, escaladé falaises et sommets avec les meilleurs grimpeurs du monde. Trompettiste, il a écumé la Bretagne en fanfare.

Ils se sont trouvés clowns.

Les Rois Vagabonds, clowns traditionnels ou nouveaux clowns ? Avant tout « poètes en action » selon la belle formule d’Henry Miller. Ils nous mettent des ailes pour parcourir avec eux un bout de notre chemin d’humanité. Car les clowns ne jouent pas la comédie. S’ils ont un nez rouge ou un masque blanc et des habits extravagants, c’est pour mieux se mettre à nu.

Ces deux là entrent en scène avec leurs instruments de musique, partenaires de jeu, porte voix de leurs émois. Et deux caisses qui deviennent tour à tour podium, navire au long cour, prison d’une Belle au Bois dormant, chrysalide. Artistes complets, ces deux vagabonds se jouent avec aisance des frontières entre les disciplines. Clowns, leur créativité se nourrit de tous les contacts humains. Aller à la rencontre des publics les plus différents est, pour eux, une exigence artistique.

Les Rois Vagabonds sont nés de la rencontre entre Julia Moa Caprez et Igor Sellem. Leur bagage éclectique qui va de l’acrobatie à la musique, de la danse au théâtre gestuel, a fait naître un désir commun d’explorer l’art du clown. Depuis 2008, ils développent l’histoire de leur duo à travers la recherche d’un langage universel, sans parole. Et ils s’inscrivent dans la tradition des clowns qui, tels les emblématiques Grock, Buffo ou Slava, font évoluer leur spectacle tout au long de leur vie.

« Nous sommes musiciens, acrobates, mimes, mais c’est le public qui nous fait clowns. Les clowns que nous sommes n’ont de cesse de faire tomber ce qu’au théâtre on appelle le quatrième mur. Dans l’écriture même de notre spectacle le public est présent comme partenaire, comme guide, comme moteur de certaines de nos actions. On dit parfois que le clown danse avec le public… Chaque soir se construit une nouvelle histoire d’amour avec les spectateurs comme une invitation à reconnaître dans l’autre le reflet de soi-même. » Les Rois Vagabonds